Qui a tué Roger Ackroyd ?

ESSAI

10/4/20233 min read

Le critique littéraire propose une reconstitution à suspense et une relecture des indices du 6ème roman de la Duchesse de la Mort, en étudiant méticuleusement ses autres œuvres. Mais pas que ! Il remonte aussi loin dans la littérature en se basant sur le premier travail qui réunit roman policier et psychanalyse, à savoir Œdipe-roi et l’analyse freudienne qui s’en suit.

Convaincu que les polars (et autres) ne devraient pas faire l’objet de lecture unique et monosémique, Pierre Bayard, professeur de littérature française et psychanalyste, se livre dans ses essais à une réflexion critique, invitant le lecteur à rivaliser avec l’auteur à travers une reconstitution, un démontage des indices et une nouvelle interprétation de l’œuvre, afin d’aboutir à une finalité différente.

Ici le lecteur n’est plus un récepteur passif de l’intrigue et son dénouement tels que l’auteur les lui présente. Mis davantage en avant, son rôle consisterait plutôt à détecter les incohérences du texte et envisager même une autre issue.

On prétend que Le Meurtre de Roger Ackroyd a été le roman qui avait scellé la notoriété de l’écrivaine britannique -même si on y trouve un Hercule Poirot à la retraite- avec une fin des plus surprenantes. Toutefois, il a été largement critiqué à sa sortie en 1926, parce qu’il présentait la particularité de dissimuler le criminel derrière la plume du narrateur. Ce qui se considérait à l’époque comme une transgression aux principes du genre policier. L’idée lui a été soufflé à la fois par son beau-frère et un membre de la famille royale. Elle avouait dans son autobiographie que cela était ingénieux et comportait d’énormes difficultés.

Cependant, dans Qui a tué Roger Ackroyd ? publié en 1998, partant de l’hypothèse que le détective belge, sujet à une sorte de délire d’interprétation, obsédé par certains indices en particulier et s’aveuglant sur d’autres, s’est trompé en accusant le docteur James Sheppard, Pierre Bayard se livre à une contre-enquête pour désigner le « vrai » coupable et lever dans son style les secrets et les non-dits qui perturbent la transparence de la lecture.

« Notre lecture, si elle présente des inconvénients, présente aussi des avantages. L’un d’eux est qu’elle est beaucoup plus simple que celle que propose le livre […]. Elle présente aussi une cohérence policière supérieure. Elle évite en effet de mettre le crime sur le dos de quelqu’un qui n’a pas intérêt à le commettre, qui n’en a pas les possibilités matérielles, qui ne dispose pas des capacités psychologiques adéquates et qui fait tout son possible pour se faire accuser. Elle n’est pas non plus – du moins l’espérons nous- dépourvue d’une forme de beauté, puisqu’elle revient à transformer une sordide histoire d’argent en une histoire d’amour. » P. 172

Le critique littéraire propose une reconstitution à suspense et une relecture des indices du 6ème roman de la Duchesse de la Mort, en étudiant méticuleusement ses autres œuvres (pour le grand plaisir de ses fans). Mais pas que ! Il remonte aussi loin dans la littérature en se basant sur le premier travail qui réunit roman policier et psychanalyse, à savoir Œdipe-roi et l’analyse freudienne qui s’en suit.

Normalement, ce genre d’écrits me tombent facilement des mains : j’ai du mal à lire les essais, encore moins la critique d’une autre œuvre qui me procure évasion et suspense (le cas des œuvres d’Agatha Christie où elle promène le lecteur dans un labyrinthe et l’en fait sortir sans qu’il sache quel trajet il avait emprunté !). Mais, j’étais curieuse de connaitre comment on obtiendrait pour une même énigme, avec les mêmes indices présentés sous nos yeux, une deuxième résolution.

J’ignorais que je serais face à des travaux de littérature approfondie et que je me perdrais dans des raisonnements psychanalytiques et philosophiques, que j’ai sauté sans remords les dernières pages avant la révélation finale (les Chapitres III et IV de la partie C, respectivement Délire et théorie et Délire et critique pour les connaisseurs), qui je l’avoue me paraît convaincante, logique et digne d’être étudiée, pourquoi pas dans une nouvelle adaptation à l’écran.

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