Les filles du tsar, survivantes à la révolution russe ?

RUSSIEHISTOIREBIOGRAPHIE

12/15/20163 min read

Traduite dans 22 pays, l’historienne Jacqueline Monsigny a réussi par sa plume vivante, dans ce récit biographique des plus accrochant, depuis les Jours heureux des princesses choyées accoutumées au faste des palais, au déclin de la paillasse des pires détentions, à nous charrier dans les labyrinthes de l’énigmatique politique, où jeux et luttes d’influences font des « victimes » leurs enjeux.

Si Cristallisation secrète m’a particulièrement marquée, ce livre historique livré dans le même colis m’a profondément bouleversée, secouée que je suis restée des jours après dans cette étrange atmosphère d’étranglement, de répugnance !

Très jeune, j’étais (passionnée) intriguée par le sort dramatique qu’ont connu les derniers Romanov et j’en gardais toujours de l’amertume. Je regardais des documentaires et j’avais même par deux fois consacré des articles à leur sujet en me posant des questions : au lendemain de la révolution russe, les membres de la famille impériale, exilés, emprisonnés, vont tous, sans aucun jugement, être fusillés dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 à Ekaterinbourg. Leurs fils Alexis âgé alors de 13 ans, et leurs ainées, Olga, Tatiana, Maria et Anastasia ont été également achevés à coups de baïonnettes !

Ça c’est la version officielle de l’histoire !

Mais qu’en est-il vraiment ?

Jacqueline MONSIGNY enquête sur ce qui est l’un des faits les plus passionnément étudiés dans l’histoire contemporaine. Basée sur un solide dossier de documents, déclarations et crédibles témoignages, cette romancière et scénariste, prête sa plume à la grande-duchesse Marie Nikolaïevka Romanova, troisième fille du Tsar Nicolas II, qui nous emmène à travers 9 livres, depuis sa naissance en 1899 sous une Russie encore tsariste, jusqu’entre autres le feu qui ravageait l’Europe du XIXe et les péripéties d’après la révolution bolchevique. Car, contrairement à ce que tous les clans essayent de « faire croire », si le Tsar et probablement son fils ont péri cette nuit en Sibérie, pour les autres « on » a juste simulé la mort.

Traduite dans 22 pays, l’historienne Jacqueline Monsigny a réussi par sa plume vivante, dans ce récit biographique des plus accrochant, depuis les Jours heureux des princesses choyées accoutumées au faste des palais, au déclin de la paillasse des pires détentions, à nous charrier dans les labyrinthes de l’énigmatique politique, où jeux et luttes d’influences font des « victimes » leurs enjeux.

Traités secrets, raisons d’Etats, affaires de famille, héritage d’un trésor s’élevant à plus de 1600 tonnes d’or, etc. sont toutes des raisons pour faire croire que la gent féminine Romanov, considérée comme une monnaie d’échange réellement épargnée et acheminée chacune de son côté, vers de différentes directions de l’Europe Occidentale sous de faux patronymes, a connu la mort dans ce massacre collectif (en contradiction avec le premier scénario officiel soviétique déclarant le Tsar unique exécuté !).

D’après l’analyse des enquêteurs les rouges auraient pu passer pour des alliés de l'Allemagne en laissant la vie aux femmes de la famille impériale (L’impératrice Alexandra Fedorovna est née allemande et parente du Kaiser Guillaume II). Comme toute la famille est supposée être morte, cela évite toute restauration au pouvoir des Romanov en Russie et les crédibilise aux yeux de la population.

Les blancs qui auraient servi d'intermédiaire entre les rouges et la famille royale d'Allemagne auraient pu passer pour des traitres à la Russie de négocier secrètement avec l'ennemi et d'adopter officiellement leur version du massacre. De plus, les blancs étaient pour légitimer la branche du grand-duc d'Allemagne et la survie de membres de la famille impériale l’empêchait.

Dans ce travail brillant de recherche, sur la piste des preuves, avec un style limpide et fidèle, l’auteur excelle dans l’art de la contre-histoire comme le définit l’écrivain, l’historien et le journaliste Gonzague SAINT BRIS dans sa préface.

Je ne dirais pas que cette lecture permet aux lecteurs de se délecter comme il se doit de toute œuvre, les images de la sale guerre, l’abominable guerre qu’était la grande guerre et les supplices que réservaient les bolcheviques, aux plus faibles dignes du moyen âge ont suffisamment piétiné la fleur bleue en moi. Mais, il fallait lire Les filles du Tsar, je cherchais déjà depuis longtemps quelque chose dans le genre. C’est un livre qui vous invite à traquer ses personnages et suivre leurs traces au fin fond de la Sibérie.

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