Le syndrome d'imposture

ESSAIPSYCHOLOGIE

5/29/20254 min read

Lancé la première fois en 1978, ce syndrome est connu pour frapper les gens brillants. Il persiste et se nourrit, ironiquement, des succès que la personne peut accumuler, en l’empêchant de les accepter et la persuader même du contraire ! le sujet pense alors tromper toujours son entourage par rapport à son « réel » degré d’efficacité et d’intelligence. Un phénomène douloureux qui renforce l’anxiété, le doute et un sérieux mal être.

De la famille, à l’école, au milieu professionnel, Elisabeth Cadoche, journaliste et autrice, et Anne de Mintarlot, psychothérapeute ; épluchent soigneusement le syndrome d’imposteur, dont pâtissent les femmes (dès leur jeune âge elles se posent des questions existentielles) et qui puise ses origines dans un flagrant déficit de confiance (croire en ses capacités et essayer).

Elles expliquent comment :

· les stéréotypes qui enferment les filles et les garçons dans des rôles ;

· les peurs et les hontes transmis par les parents ;

· la littérature masculine dénigrant ou chosifiant la femme ;

· les injonctions sociales et la tyrannie des contradictions de « faire » mais « pas trop » ;

· les phrases « assassines » lancées par les proches ;

· le poison de la comparaison instillé par les mondes virtuel ; ou

· les 2 poids 2 mesures au sein de l’entreprise où les femmes compétentes ne réclament rien et attendent les récompenses en silence….

… forgent un modèle de femme qui doute d’elle-même, se dévalorise, traine des croyances limitantes et freine par la suite son élan, voire détruit une carrière ou une vie de couple. Brillante, qualifiée, expérimentée, elle ne se sent pas légitime dans sa place, dans sa réussite et l’attribue extrinsèquement à la chance, aux autres !

« Quand le doute s’installe, commence le travail de sape, même si la femme est surqualifiée. L’idée de ne pas mériter entièrement le poste à responsabilités qu’elle convoite ou qu’elle occupe, de le devoir à la chance, la crainte permanente d’être découverte et jugée perpétuent ces croyances limitantes ». P. 8/9

Dans le milieu professionnel, la femme sujette à ce syndrome agit de façon limitante et risque de briser sa carrière. Soit qu’elle attribue ces réussites aux autres (ne sachant que répondre aux compliments !) et déploie un mode de travail punitif jusqu’au burn-out, ou qu’elle attache un regard à ce qu’elle ne sait pas faire plutôt qu’à ses compétences et décline toute nouvelle offre.

« Il faut être unique, mais entrer dans une case toute faite. Entrer dans une case, mais être originale. Être originale, mais pas marginale. Soigner son apparence, sans être objet sexuel. Être mature, mais rester jeune. Rester jeune, mais pas gamine. Travailler 40h par semaine, mais préparer des plats bio « maison ». Être une bonne mère, mais pas se perdre… » P. 134

Lancé la première fois en 1978 par 2 psychologues américaines, ce syndrome est connu pour frapper les gens brillants. Il persiste et se nourrit, ironiquement, des succès que la personne peut accumuler, en l’empêchant de les accepter et la persuader même du contraire ! le sujet pense alors tromper toujours son entourage par rapport à son « réel » degré d’efficacité et d’intelligence. Un phénomène douloureux qui renforce l’anxiété, le doute et un sérieux mal être.

« Afficher sa confiance en soi, s’affirmer sans trop se soucier des autres est une attitude recherchée chez les hommes. En revanche, ce comportement est condamné chez les femmes si elles n’ajoutent pas une dose d’adoucissant. La relation au pouvoir, au leadership, est perçue de façon genrée et rejaillit au travers d’un regard ambivalent des femmes entre elles, face à leur positionnement dans un univers encore dominé par les hommes. » P. 217/ « au pire, cela vous fera passer pour une égoïste sans cœur, une caricature, tel le personnage de Meryl Streep dans Le Diable s’habille en Prada ». P. 294

Ce livre, que toute femme (et toute mère de fille pour briser la chaine) doit lire au moins une fois, propose des rencontres sincères avec des femmes qui se sont livrées en toute franchise et dont la plupart ont pu sortir la tête de l’eau et se relever, faisant face à leurs craintes, leur culpabilité. Ces témoignages, où chacune de nous peut facilement se reconnaître, permettent de se sentir moins seule, de mettre les mots sur les maux et cultiver de l’inspiration auprès de celles qui ont traversé les mêmes doutes, ont nourri des pensées similaires et qui grâce à une prise de conscience, une consultation, ou simplement à l’aide d’une sincère sororité, ont repris le contrôle de leurs existences. Parce que la vie de chaque jour est un combat et parce que l’échec est meilleur professeur que la réussite.

« Il est essentiel, pour que coule le flot de la vie créatrice, que nous soyons entourées de personnes qui exaltent notre créativité, sinon, nous gelons sur pied. Le chœur des voix qui remarquent où nous en sommes, prennent soin de nous encourager et, si nécessaire, nous réconfortent vient nous nourrir. Toutes les femmes ont droit à un Alleluia » P. 169

Cet essai paru en 2020, propose à chaque fin de chapitres des conseils à retenir, des livres à lire ou des playlists motivantes. Il cite également une thérapeute qui exige la réécriture des contes de féées avec leurs récits limitants, où les filles se jalousent, se piétinent pour être regardées par le prince.

Related Stories