Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage

LITTÉRATURE AMÉRICAINEAUTOBIOGRAPHIE

9/28/20203 min read

En tant que femme afro-américaine, et dans un style fin, ironique et révolutionnaire, Maya Angelou ouvre les portes devant la mémoire collective d’un peuple qui peine à appartenir à une nation d’entre les deux guerres où la haine raciale sévit encore et le combat de dignité et d’égalité est livré chaque jour.

Figure emblématique de la littérature afro-américaine, Maya Angelou, de son vrai nom Marguerite Johnson, a raconté le parcours exceptionnel qui était sa vie dans plusieurs volumes.

Publié en 1969, Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage est sa première autobiographie où elle explore des sujets propres à l’Amérique post-esclavagiste durant les années 30-40. Si la servitude est abolie, la ségrégation raciale, l’inégalité et l’absence de liberté sont encore d’usage courants.

Dans ce récit fait en épisodes, Maya Angelou raconte son enfance depuis l’âge de 3 ans, quand, leurs parents devant divorcer, elle est envoyée avec son frère Bailey depuis Saint Louis où ils étaient nés, à Stamps pour vivre chez Momma, une grande mère noire originaire du sud et ultra religieuse. Elle était également la seule noire de la ville détenant des terrains où vivent des blancs et un commerce alors que la plupart des hommes travaillaient dans les champs de cotons et les femmes étaient cuisinières ou femmes de ménage.

Comme ce devait être exaspérant que d’être né avec des aspirations de grandeur dans un champ de coton ! P. 278

Ballottée en permanence entre l’Arkansas et la Californie, l’écrivaine met en relief certains épisodes de sa vie qui ont marqué à jamais la vie d’une petite fille et forgé sa personnalité. Sans aucune présence patriarcale, plusieurs femmes ont influencé son parcours et contribué à révéler sa force de caractère et son militantisme. Abandon, viol, crise financière, humiliations, première noire à fréquenter une école privée et à travailler sur un tramway à San Francisco, sont toutes des situations qui ont façonné la vision de cette future activiste.

Dans un style fin, ironique et révolutionnaire, elle ouvre les portes devant la mémoire collective d’un peuple qui peine à appartenir à une nation d’entre les deux guerres où la haine raciale sévit encore et le combat de dignité et d’égalité est livré chaque jour.

Quelle horreur d'être noire et de n'avoir aucun contrôle sur ma vie. Quelle cruauté que d'être jeune et déjà dressée à rester assise en silence pour écouter des accusations portées contre ma race sans aucune chance de les repousser. Nous aurions dû tous etre morts. Tous crevés, me disais je, en tas les uns sur les autres. Une pyramide de chair avec les Blancs formant la grande base, puis les Indiens avec leurs tomahawks, leurs teepees, leurs wigwams et leurs traités crétins, et les Nègres avec leurs serpillières, leurs recettes de cuisine et leurs spirituals leurs sortant par les trous du nez. P. 218

Ses propos percutants et audacieux (en témoignent mes nombreuses notes sur pratiquement tous les chapitres) traduisent sa quête acharnée d’identité en tant que noire, en tant que femme, et en tant que femme afro-américaine.

Ce roman initiatique se ferme sur une Maya, maman à l’âge de dix-sept ans, ce qui donne vraiment envie de découvrir la vie de cette femme exceptionnelle à travers ses romans autobiographiques qui ont suivi.

Si le titre n’a pas de signification explicite à travers les 343 pages, il en retrouve dans la dédicace à son fils, Guy, et à tous ces grands oiseaux noirs prometteurs qui chantent dans leur cage, à mon sens, la chanson de la liberté et de l’égalité, comme dans l’Hymne National Noir, des droits qui leur ont été longtemps refusés.

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