Avicenne ou la route d'Ispahan

LITTÉRATURE FRANÇAISEROMANGILBERT SINOUÉ

7/29/20253 min read

Historien et écrivain, l’auteur a écrit pendant 2 ans se basant sur le manuscrit authentique d’Abou Obeid Al Jozani, à qui il prête la voix, la biographie romancée d’Ibn Sina, appelé en Occident Avicenne, l’enfant prodige de Boukhara, le plus grand médecin de son temps, le philosophe qui par sa sagesse et ses connaissances contribuera au bien-être de l’humanité.

Un roman historique est forcément un roman d’aventures. Le contraire n’est pas toujours vrai. Et moi, férue du premier genre et habituée à la plume d’Amin Maalouf qui y excelle haut la main, je ne peux qu’adorer Avicenne ou La route d'Ispahan, publié la première fois en 1989 par Gilbert Sinoué.

Divisé en 31 makama, l’écrivain nous fait emprunter le pas (en dépit de quelques erreurs religieuses) au célèbre médecin et philosophe Ibn Sina – plus exactement Abu Ali Al Husayn Ibn Abdullah Ibn Sina (malgré les côtés d’ombre qu’on découvre et qui pourraient nuire à la réputation d’une personnalité musulmane) et voyager au cœur d’une Perse occupée depuis 3 siècles par les Arabes et dont les confrontations géopolitiques, entre le Xème et Xième siècle, des 3 grandes dynasties, les Buyides, les Samanides et les Ghaznawides, n’ont cessé de diviser et dessiné les contours de cette région d’Asie.

« L’expérience lui avait enseigné qu’un invisible fil liait les puissances du corps à celles de l’esprit. Un peu comme un pont jeté sur une rivière. Dans le cas où un bouleversement venait à se produire sur l’une des deux rives. L’autre en était affectée pareillement. » P 195

Historien et écrivain, l’auteur a écrit pendant 2 ans se basant sur le manuscrit authentique d’Abou Obeid Al Jozani, à qui il prête la voix, la biographie romancée d’Ibn Sina, appelé en Occident Avicenne, l’enfant prodige de Boukhara, le plus grand médecin de son temps (et celui qui suit), le philosophe qui par sa sagesse et ses connaissances contribuera au bien-être de l’humanité, l’écrivain prolifique dont la mémoire est infaillible et la lucidité est étonnante même dans des moments de grandes peines et fatigues.

« Il me parla longuement de celui qu’il considérait comme son maitre à penser, le Macédonien, le précepteur d’Iskandar, Alexandre le Grand pour les Roum, le fondateur de la logique formelle et de l’école péripatéticienne : Aristote. Il décrivit pour moi ce qu’il appelait « les grandes phases de la médecine arabe ». je le sentais convaincu de faire partie intégrante de l’une d’elles. Il dressa avec une précision étonnante le décor de notre siècle : l’expansion irrésistible de la civilisation arabe, partie sous l’impulsion du Prophète quelques quatre cents plus tôt et qui avait gagné l’Espagne, l’Afrique du Nord, la Syrie et notre terre, la Perse ; immense vague balayant tout sur son passage, forçant la culture hellénistique à lui céder le pas. » P208

Cependant, la vie de ce génie qui réussit là où échouent les autres et à qui Dieu ouvre les portes qu’Il a gardé fermées à ses semblables, n’était pas un long fleuve tranquille.

« Pourquoi ? pourquoi moi ? pourquoi ce déchirement perpétuel ? depuis l’âge de seize ans, des routes se sont ouvertes sous mes pas pour aussitôt s’envoler comme autant de feuilles mortes. Où suis-je coupable ? j’ai quarante ans et je n’ai rien accompli. Je suis à mi-chemin de l’autre rive, celle où tout finit. Et ce torrent qui coule autour de moi n’est fait que d’errance, d’exil et de médisance. » P 438

Passionné d’astronomie, de mathématiques, d’alchimie, Cheikh al-raîs, prince des savants pour la plupart, a connu une vie jalonnée d’exils et de voyages dans une époque où les empires et les souverains cherchent à avoir dans leurs sérails les meilleurs savants et s’entourer d’érudits. Dans ce roman, nous croisons le chemin de grands d’esprits comme El Birouni ou Al Firdaoussi ou encore Abu Sahl Al Massihi.

« Du plus profond de la poussière noire jusqu’au plus haut du ciel d’al Zuhara j’ai résolu les problèmes les plus ardus de l’univers ! je me suis libéré de toutes les chaines de la science et de l’astucieuse logique ! j’ai délié tous les nœuds, tous sauf celui de la Mort… » P 186

Lui-même érudit, affamé d’information, Gilbert Sinoué, natif du Caire, auteur de plusieurs œuvres historiques dont Le Dernier Pharaon, un récit de Mohamed Ali Pacha, que j’ai ouvert et abandonné par 2 fois dans le passé, pour confirmer l’idée que parfois c’est le livre qui nous choisit !

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